Le bien-être est étroitement lié à notre alimentation. L’alimentation consciente émerge comme une alternative bénéfique, surtout dans un monde où les repas se prennent souvent à la hâte. Lorsque nous mangeons tout en effectuant d’autres tâches comme travailler ou regarder la télévision, nous avons tendance à consommer des quantités excessives. En revanche, aborder l’acte de manger avec pleine conscience signifie prêter attention à ses sensations corporelles avant et durant le repas. Cela implique d’éveiller nos sens, de faire confiance à notre corps et de savourer ce moment privilégié. Comme l’explique Anne-Marie Goldenberg, diététicienne comportementale et fondatrice de Foodesoi, « manger en pleine conscience consiste à être pleinement présent pendant le repas. On doit prêter attention à chaque aspect de la nourriture, que ce soit le goût ou la texture, tout en respectant ses sensations de faim et de satiété. C’est une approche axée sur le plaisir conscient, qui permet de renouer avec nos véritables besoins alimentaires tout en savourant chaque bouchée, loin des distractions et des pressions extérieures. »
Il est étonnant de réaliser que manger de manière distraite peut avoir des effets néfastes sur notre santé. En effet, la recherche met en lumière le lien complexe entre le corps et l’esprit dans nos comportements alimentaires. Les études montrent que lorsque nous sommes « déconnectés » durant nos repas, notre digestion peut être 30 à 40 % moins efficace, comme l’indiquent les spécialistes du Brigham and Women’s Hospital. Ils soulignent également qu’il est crucial d’examiner non seulement ce que nous mangeons, mais aussi comment nous le consommons. Au-delà des problèmes digestifs tels que les ballonnements, l’obésité se révèle être l’une des conséquences les plus graves d’une alimentation automatique. Ce phénomène s’explique par le fait que la connexion entre le corps et l’esprit est fondamentale pour évaluer correctement la faim et la satiété. Dans ce cadre, la diététicienne propose une méthodologie qui allie nutrition et psychonutrition, tout en intégrant le coaching et l’alimentation consciente : il s’agit de la méthode MB-eat (Mindful Eating Awareness Training).
« Les avantages de l’alimentation consciente touchent à la fois le physique et le mental, deux dimensions étroitement liées »
Anne-Marie Goldenberg précise que « la méthode MB-EAT combine les principes du mindful eating avec des outils pratiques pour aider à gérer les comportements alimentaires, notamment en cas de troubles alimentaires ou de difficultés liées à la gestion du poids et à la nourriture émotionnelle ou compulsive. » Dans le contexte actuel, marqué par une hausse des troubles alimentaires et des préoccupations liées au stress, l’alimentation en pleine conscience propose une solution concrète. Elle vise à rééduquer nos habitudes alimentaires de manière durable, loin des régimes restrictifs. « Les pressions sociétales et culturelles nous incitent souvent à suivre des régimes au lieu de prêter attention à nos réels besoins, conduisant ainsi à une déconnexion de nos sensations corporelles et de nos valeurs profondes. De plus, notre mode de vie privilégie la rapidité et la productivité, ce qui nous incite à manger rapidement tout en nous adonnant à d’autres activités. Cela nous éloigne de nos véritables besoins alimentaires. » affirme-t-elle.
Bien au-delà d’une simple tendance, de nombreuses études scientifiques ont mis en lumière les bienfaits de l’alimentation consciente sur la santé, en particulier pour la gestion des troubles alimentaires et l’amélioration du bien-être général. Le Massachusetts General Hospital évoque une étude parue dans le Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, soulignant que les participants pratiquant l’alimentation consciente ont remarqué des progrès dans leur qualité nutritionnelle, leurs comportements alimentaires et leur santé psychologique. Une autre étude publiée dans le Journal of Obesity a démontré que les interventions de pleine conscience pour la perte de poids entraînaient une diminution significative des crises de boulimie et de l’alimentation émotionnelle. Cela se traduit par une réduction des compulsions alimentaires, une meilleure digestion, un bien-être mental accru, et un contrôle du poids sain, tout en renforçant notre relation à la nourriture. « Les bénéfices de l’alimentation consciente sont à la fois physiques et mentaux, et ces deux dimensions interagissent fréquemment. » conclut Anne-Marie Goldenberg.
Adopter la pleine conscience pour transformer ses habitudes alimentaires
D’un point de vue physique, cette pratique favorise une meilleure digestion. En prenant le temps de manger lentement, de bien mastiquer et d’écouter nos signaux de satiété, nous facilitons le travail de notre système digestif, minimisant ainsi les ballonnements causés par une alimentation rapide ou déséquilibrée. Cette habitude contribue aussi à réguler notre poids : nous répondons réellement aux besoins de notre corps, évitant ainsi les excès alimentaires et les grignotages compulsifs. Mentalement, l’alimentation consciente nous aide à nous distancier des comportements alimentaires impulsifs et émotionnels, réduisant l’anxiété liée à la nourriture et la culpabilité qui peut suivre un repas. Cela encourage un rapport plus serein à l’alimentation, permettant de savourer les moments de repas sans jugement. « C’est un cercle vertueux où le bien-être physique et mental se nourrissent mutuellement. Prendre soin de son corps en respectant ses besoins génère une plus grande sérénité intérieure, et vice versa, promote une relation plus équilibrée avec la nourriture et soi-même. » affirme la diététicienne.
Cependant, il est essentiel de ne pas s’attendre à un changement radical. L’alimentation consciente est une démarche personnelle et bienveillante qui nécessite du temps. Il est donc important de ne pas se sentir coupable si l’on n’y parvient pas immédiatement. Comme avec toute nouvelle habitude, il faut apprendre à introduire cette pratique à son propre rythme. Selon l’experte, « une période d’adaptation est normale, car cela nécessite un changement de vision sur la nourriture. Il faut sortir de l’automatisme en prenant le temps d’écouter son corps. Toutefois, avec de l’entraînement, cette approche devient plus instinctive et naturelle. Rien ne vaut la pratique pour saisir rapidement comment procéder. » Elle met aussi en garde contre une erreur fréquente, celle de vouloir « performer » en se fixant des attentes irréalistes, et d’être influencé par certaines injonctions (par exemple, « je ne dois manger que si j’ai faim »). Il est tout aussi crucial de ne pas juger les pensées ou émotions qui surgissent lors de cette pratique.
Comment pratiquer l’alimentation en pleine conscience ? 5 étapes clés pour débuter cette méthode
Commencer à adopter l’alimentation consciente ne se révèle pas nécessairement compliqué. Voici quelques étapes pour amorcer ce chemin, selon les recommandations d’Anne-Marie Goldenberg :
- Écoute des signaux de son corps : Il est vital d’identifier les sensations de faim, de satiété et de plaisir pendant les repas. Cette écoute permet de s’alimenter selon ses véritables besoins, évitant ainsi de manger par habitude ou émotions, ce qui entraînerait une surconsommation. La sensation de faim se révèle être un repère essentiel pour initier ou mettre fin à un repas. En cas de déséquilibre, on observe fréquemment des comportements de lutte ou de déni face à la faim, annihilant un équilibre naturel. Il s’agit donc de rééduquer ces signaux pour qu’ils orientent véritablement nos repas. Le plaisir joue également un rôle crucial : une alimentation sans plaisir peut mener à la frustration, et à une quête incessante de satisfaction, voire aux compulsions.
- Prendre le temps de savourer : Il est important de ralentir pour prêter attention à chaque bouchée, en appréciant les saveurs, les textures et les odeurs. Les études montrent que notre cerveau retient ces informations, influençant ainsi notre satiété et la satisfaction lors des repas. Cela impacte également les quantités que nous ingérons.
- Prendre conscience de ses émotions : Avoir une attention particulière sur les émotions qui influencent nos choix alimentaires est essentiel, tout en évitant qu’elles ne dominent nos décisions. Souvent, nous mangeons par réconfort, ce qui peut engendrer culpabilité. L’alimentation consciente nous aide à accueillir nos émotions différemment, sans recourir systématiquement à la nourriture comme seule solution.
- Adopter une attitude bienveillante : Manger sans culpabilité ni jugement est clé, avec une approche bienveillante envers soi-même. La culpabilité découle souvent de normes ou croyances alimentaires que l’on s’impose pour « bien » manger. L’alimentation consciente consiste à définir ce qui est bon pour soi dans le moment présent. Par exemple, si la faim se manifeste à un instant inattendu, entre les repas, comment répondre le mieux à ce besoin ?
- Éviter les distractions : Il est crucial de se concentrer pleinement sur l’acte de manger, sans être distrait par des écrans ou autres éléments. Le chercheur Brian Wansink a démontré que manger devant la télévision pouvait accroître les portions consommées de 36 % à 87 %. Notre cerveau est incapable de bien faire deux choses simultanément, et manger mérite notre pleine attention.
Les recherches sur l’alimentation consciente ont montré des effets bénéfiques notables au-delà des maladies chroniques telles que le diabète, les maladies cardiovasculaires ou l’obésité. Dans le domaine de la gestion des troubles alimentaires (anorexie, boulimie), les résultats sont particulièrement encourageants. « En prenant le temps de savourer chaque bouchée et de rester présent lors des repas, les patients peuvent mieux identifier leurs sensations corporelles, ce qui aide à atténuer les comportements alimentaires dysfonctionnels. De plus, la pleine conscience aide à gérer les émotions différemment, sans se tourner vers la nourriture pour réguler ses sentiments, souvent à la base des troubles alimentaires. » souligne Anne-Marie Goldenberg. Si s’informer en ligne peut être un excellent point de départ, il est conseillé aux personnes désireuses de s’engager dans ce chemin d’envisager un suivi professionnel, en particulier si elles présentent des habitudes alimentaires spécifiques ou des troubles. « Un accompagnement personnalisé peut faciliter l’intégration de cette pratique et aider à surmonter les obstacles éventuels. » conclut-elle.
*Anne-Marie Goldenberg a lancé Foodesoi en 2021 pour aider les personnes en quête d’un équilibre durable ou souffrant de comportements alimentaires problématiques ou de leur image corporelle.
