Après une longue attente, le décret finalisant le nouveau Nutri-Score est enfin applicable. Introduit en France en octobre 2017, cet outil de santé publique vise à aider les consommateurs à faire des choix alimentaires éclairés pour favoriser leur santé. Pour rappel, ce logo, visible sur l’avant des emballages, évalue la qualité nutritionnelle des produits de manière simple et complémentaire à l’étiquetage nutritionnel obligatoire, selon la réglementation européenne. Composé d’une échelle de 5 couleurs allant du vert foncé à l’orange foncé, il est associé aux lettres A à E, ce qui permet un accès facile et une compréhension accrue pour le public. Le classement s’établit sur la base d’un score prenant en compte, pour 100 g ou 100 mL de produit, la quantité de nutriments et aliments à favoriser comme les fibres, les protéines et les fruits, ainsi que ceux à limiter tels que les acides gras saturés, le sucre, le sel, et les édulcorants dans les boissons. Bien que son utilisation soit gratuite, l’application du Nutri-Score repose sur le principe de la volontariat.
Dans plusieurs pays européens, dont l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, les Pays-Bas et la Suisse, le système a également été adopté. Une gouvernance transnationale a été mise en place pour garantir l’efficacité du Nutri-Score auprès des consommateurs et faciliter son adoption par les industriels. Des pays comme l’Autriche et la Finlande s’intéressent également au système et participent en tant qu’observateurs. Un comité scientifique indépendant a réalisé une évaluation approfondie des méthodes de calcul du Nutri-Score, proposant des mises à jour basées sur des recherches scientifiques et des retours d’acteurs variés. Comme l’indique la CLCV*, l’algorithme du Nutri-Score a été actualisé en 2022 pour les aliments solides, suivi d’une mise à jour en 2023 pour les boissons. Cette refonte vise à aligner le logo avec les recommandations nutritionnelles, à prendre en compte les avancées scientifiques et à s’adapter à l’évolution des produits sur le marché.
Le décret prévoit différentes améliorations :
- Une détection plus précise des produits selon leur teneur en sel et en sucre.
- Une classification plus claire entre les aliments complets, riches en fibres, et leurs alternatives raffinées.
- Une évaluation améliorée des poissons gras (sources d’oméga 3) et des huiles moins riches en acides gras saturés.
- Des précisions sur l’évaluation des boissons, en tenant compte de leur teneur en sucres et d’édulcorants, pour éviter leur substitution par le sucre.
Nutri-Score : une méthode de calcul révisée pour diverses catégories alimentaires
Le concept fondamental du Nutri-Score demeure identique, prenant en compte les informations nutritionnelles figurant au dos des produits. Cependant, les critères de calcul ont été mis à jour pour mieux refléter les connaissances et recommandations nutritionnelles actuelles, facilitant ainsi la comparaison des produits en fonction de leur qualité nutritionnelle. Cette évolution vise à rendre les distinctions entre produits plus claires. Depuis son lancement, de nombreuses marques ont modifié leurs formulations pour obtenir de meilleurs scores. « Certaines marques ont réduit leur taux de sucres ou remplacé le blé raffiné par du blé complet (le pain blanc et les pâtes standard sont raffinés, n’utilisant que de la farine blanche, privant les consommateurs de nutriments essentiels) . Cette tendance a eu pour effet de rendre le score moins pertinent pour la comparaison. Par exemple, des flocons d’avoine sans sucres et des céréales chocolatées pouvaient se voir attribuer le même score, bien que leur quantité de sucres diffère largement. », souligne le site Manger Bouger.
Le ministère de la Santé souligne que « les évolutions introduites par ce décret permettront d’améliorer la distinction entre les aliments en fonction de leur teneur en sel et en sucre, ainsi que la séparation entre les aliments complets riche en fibres et leurs versions raffinées. Elles affinent également la classification des poissons gras (sources d’oméga 3) et des huiles moins riches en acides gras saturés, sans oublier la différence entre les boissons en fonction de leur teneur en sucres et la présence d’édulcorants pour limiter leur utilisation comme substitut du sucre. » De son côté, Santé Publique France indique qu’entre 30 et 40% des produits connaîtront un changement de score significatif. Les modifications majeures concernent les huiles ayant une plus faible concentration en acides gras saturés (olive, colza, noix), des poissons gras riches en oméga 3 (sardines, maquereaux…), ainsi que les féculents (complets ou raffinés), les produits salés ou sucrés, et les boissons à faible teneur en sucres (l’eau reste la seule boisson notée A), ainsi que celles contenant des édulcorants. Les laits, yaourts à boire et boissons végétales (amande, soja, riz) sont également concernés par ces ajustements.
Nutri-Score : focus sur chaque catégorie de produit
Féculents complets
Identifier les produits complets riches en fibres devient plus aisé, car ils obtiennent des scores mieux notés que leurs équivalents raffinés. Les fibres jouent un rôle crucial pour la santé, bien que 85% des Français n’en consomment pas suffisamment. Elles régulent l’appétit en augmentant la sensation de satiété et préviennent une faim rapide entre les repas en favorisant un meilleur transit intestinal.
Produits sucrés ou salés
Avec le nouveau Nutri-Score, les produits sucrés et salés sont sévèrement notés. Les aliments sucrés ne sont pas essentiels pour une nutrition équilibrée et leur consommation excessive peut favoriser des risques de prise de poids, de diabète et de caries dentaires. Une consommation élevée de sel est liée à l’hypertension, laquelle peut provoquer des maladies cardiovasculaires.
Viandes
Pour les viandes, la volaille bénéficie désormais d’une meilleure classification par rapport à la viande rouge. En effet, une consommation excessive de viande rouge peut accroître le risque de cancers et de maladies cardiovasculaires. Pour cette raison, il est conseillé de réduire sa consommation.
Boissons
Avec le nouveau Nutri-Score, l’eau est la seule boisson à obtenir un score A. D’autres boissons, comme le lait et les jus, ne peuvent pas excéder le score B. Les boissons à faible teneur en sucres, telles que certaines eaux aromatisées ou thés glacés, verront leur note s’améliorer. En outre, le score pour le lait, les laits aromatisés et sucrés, ainsi que pour les yaourts à boire et boissons végétales (amande, soja, riz), est dorénavant établi selon les critères spécifiques des boissons. Auparavant, ces produits étaient évalués par l’algorithme général. Cet ajustement permet une comparaison facilitée entre boissons. Désormais, les édulcorants sont inclus dans le calcul du score des boissons. Les boissons « light » contenant des édulcorants n’obtiendront pas de note B, mais des notes variant de C à E. Remplacer le sucre par des édulcorants ne suffit pas à contrôler le poids. De plus, des études suggèrent que les édulcorants peuvent avoir des effets néfastes sur la santé. À long terme, leur consommation pourrait augmenter les risques de diabète et de maladies cardiovasculaires. Cette mise à jour incite également les producteurs à réduire le sucre plutôt que de le substituer par des édulcorants.
Nutri-Score : les associations demandent une obligation
À partir du 14 mars 2025, les entreprises bénéficieront d’un délai de deux ans pour adopter le nouveau Nutri-Score sur leurs emballages. Mais comment les consommateurs peuvent-ils différencier « l’ancien » et le « nouveau » calcul durant cette période ? Santé Publique France annonce le lancement de campagnes de communication pour expliquer les changements. Un encadré « nouveau calcul » sera ajouté sur les produits concernés pour informer les consommateurs des modifications apportées. Les industriels peuvent également choisir de signaler l’utilisation de ce nouveau Nutri-Score, bien que cela reste optionnel. Le ministère de la Santé souligne son implication dans le déploiement et l’aide aux acteurs économiques engagés dans cette démarche, tout en réaffirmant que « la santé et l’alimentation sont indissociables » et qu’un Français sur deux souffre de surpoids ou d’obésité, avec des inégalités sociales marquées.
La CLCV soutient ce décret qui va dans le sens des intérêts des consommateurs : « Nous applaudissons les industriels ayant opté pour la transparence et qui continuent d’afficher le Nutri-Score malgré un algorithme moins favorable », précisent ses experts. Toutefois, ils souhaitent que les autorités publiques rendent le système obligatoire. L’ONG Foodwatch fait écho à cette demande pour toute l’Europe. « Le Nutri-Score propose une information visible sur l’emballage, permettant d’identifier facilement les produits moins sains, qui occupent une large place dans les supermarchés. L’industrie agroalimentaire a déployé de nombreuses stratégies pour contrecarrer ce logo, et nous ne cessons de l’exposer. », rappelle cet organisme dans une note d’information. La réponse de Santé Publique France à cette préoccupation ? 1416 entreprises étaient engagées en janvier 2025, « démontrant une dynamique positive fondée sur une initiative volontaire, et non réglementaire. » Avec cette version du Nutri-Score, l’agence espère fédérer les industriels autour de l’idée d’une alimentation plus équilibrée.
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