En France, 34,4 % des femmes choisissent l’allaitement exclusif deux mois après la naissance de leur bébé. L’OMS, quant à elle, recommande d’allaiter jusqu’à l’âge de 6 mois. « Contrairement à une idée répandue, donner le sein n’est pas inné. De nombreuses mamans abandonnent rapidement car elles manquent de préparation », explique Elise Chenel, infirmière puéricultrice en néonatologie à l’hôpital Robert-Debré à Paris. La Dre Cécile Boscher, pédiatre et coauteure de l’ouvrage l’Allaitement. 100 questions/réponses (Ellipses), souligne que « les fausses croyances peuvent conduire à des difficultés dans l’allaitement ». Faisons le point avec des experts.
Camille, 34 ans – Ai-je assez de lait ?
Le manque de lait, qu’il soit réel ou ressenti, est la principale raison d’abandon de l’allaitement. « Cependant, en stimulant les seins assez fréquemment, de huit à douze fois par jour pendant les six premiers mois, presque toutes les mères peuvent produire environ 750 ml par jour pour un bébé de 0 à 6 mois, et davantage pour des jumeaux ou triplés », précise Véronique Darmangeat, consultante en lactation IBCLC (International Board Certified Lactation Consultant). La capacité de stockage du lait varie d’une femme à l’autre, et même d’un sein à l’autre, allant de 30 à 400 ml. Cela affecte le rythme des tétées. La taille initiale des seins n’influence pas la production de lait, mais la quantité de glande mammaire en joue un rôle important.
Lucile, 32 ans – Les tétées me font mal, que faire ?
« Une certaine sensibilité est normale au début, mais cela ne devrait pas durer », avertit Julie Piedtenu, consultante en lactation IBCLC et auxiliaire de puériculture, auteure de J’allaite mon bébé en toute confiance (Marabout). Il est essentiel qu’une femme ne ressente plus de douleur une fois rentrée de la maternité. « Si la douleur persiste ou si des crevasses apparaissent, cela peut indiquer un mauvais positionnement lors de la tétée », ajoute Charlotte Bergerot Pallisco, ostéopathe pédiatrique et créatrice du podcast Milkshaker.
En plus d’ajuster la position lors de l’allaitement, Julie Piedtenu recommande d’appliquer sur le mamelon douloureux « une compresse imbibée de lait maternel, qui a des propriétés antiseptiques et cicatrisantes ». D’autres solutions incluent l’utilisation de coupelles en argent, « qui ont montré plus d’efficacité que les coquillages de nacre », ou des pansements hydrogels et des crèmes au miel médicinal (comme Melicare), qui sont plus efficaces que celles à la lanoline. Enfin, les bouts de sein en silicone peuvent aider, mais leur usage doit être modéré, car « cela peut réduire la lactation de 30 % selon les études ».
Blanche, 29 ans – Dois-je changer mon alimentation ?
Les femmes qui allaitent ont environ 500 kcal supplémentaires à consommer quotidiennement. Heureusement, ces besoins sont souvent couverts par les graisses accumulées pendant la grossesse. « Il n’est pas nécessaire de doubler la consommation », affirme la Dre Boscher. Il s’agit de manger à sa faim, de manière variée, de s’hydrater, sans trop exagérer. L’alcool est à éviter, car « sa concentration dans le lait est proportionnelle à celle dans le sang », prévient le médecin. Il aconseille d’attendre au moins deux heures après avoir bu un verre avant d’allaiter à nouveau.
Le régime alimentaire de la mère n’influencera que très peu la composition de son lait concernant les protéines, le lactose ou le calcium, « sauf pour les acides gras », note Mélanie Landru, consultante en lactation IBCLC, diététicienne et naturopathe. Elle recommande d’intégrer des poissons gras, des fruits à coque et des huiles végétales comme le colza pour favoriser l’apport en oméga 3, essentiels pour le développement cérébral de l’enfant. De nombreuses vitamines et minéraux sont disponibles sur le marché pour les femmes allaitantes, mais les experts s’accordent à dire qu’il n’y a pas de preuve suffisante pour les recommander systématiquement.
Constance, 39 ans – Mon retour au travail… L’allaitement partiel est-il durable ?
Oui, tant que l’on se rappelle que la lactation fonctionne selon le principe de l’offre et de la demande. En réduisant les tétées au profit de biberons de « préparations pour nourrissons » à base de lait de vache, la production de lait diminue. On conseille donc d’attendre qu’une lactation solide soit établie : « Comptez au moins trois à quatre mois d’allaitement exclusif avant d’introduire les premiers biberons », suggère la Dre Boscher. Pour réussir un allaitement mixte, Véronique Darmangeat recommande de « conserver au moins trois tétées par jour » et d’augmenter le nombre de tétées les jours sans travail pour stimuler la lactation.
Nouveautés pour le tirage de lait
Aujourd’hui, on trouve des tire-lait électriques portables qui permettent d’exprimer son lait en toute discrétion tout en étant occupée. C’est idéal sur le lieu de travail. Ces appareils ne nécessitent pas de prise électrique et ne sont pas encombrants : le moteur compact peut se glisser dans une poche (Freestyle Hands Free de Medela) ou se fixer (Elvie Stride). Certains se fixent directement dans un soutien-gorge d’allaitement standard (Perifit Pump, Elvie Pump…) et peuvent être contrôlés via une application sur smartphone, permettant de visualiser le volume exprimé en temps réel. Ces nouveaux dispositifs complémentaires aux tire-lait médicaux performants (disponibles à la location en pharmacie) s’utilisent une fois que la lactation est bien établie.
Source : dernière Enquête nationale périnatale (2021)
